Coordination : Geneviève Colas - genevieve.colas@secours-catholique.org - 06 71 00 69 90

Mesurer le phénomène de la traite pour mieux en comprendre les enjeux et mieux la combattre

À l’occasion de la journée européenne de lutte contre la traite des êtres humains, le 18 octobre 2019, l’ONDRP publie deux études : les résultats de la troisième enquête annuelle sur les victimes de traite des êtres humains suivies par les associations en France en 2018 ainsi que le Grand angle n°52 sur les données administratives sur la traite et l’exploitation des êtres humains en France. 

Les informations communiquées par les associations

La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) et l’ONDRP, en partenariat avec les associations du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains », conduisent depuis 2017 une enquête annuelle collectant des données sur les victimes de traite des êtres humains suivies par les associations en France. Les résultats de la troisième enquête fournissent des informations sur le profil de près de 3 000 victimes suivies par 53 associations et établissements en 2018.

Conclusions tirées de l'enquête 

Une grande diversité des formes d’exploitation

stats

Des pays spécialisés dans certaines formes de traite
une grande majorité des victimes d'exploitation sexuelle proviennent du Nigéria et la mendicité forcée n'est présente qu'en Europe

Un phénomène également national
174 victimes de traite françaises sur près de 3000 recensées

Seulement 21% des victimes recensées ont déposé plaintes

> Télécharger l'édition 2019 de l'enquête

Les données administratives détenues par les autorités

Le Grand Angle n°52 est un premier état des lieux sur les données administratives disponibles sur la traite et l’exploitation des êtres humains. Cette publication fournit des informations sur les victimes identifiées par les services de police et les unités de gendarmerie. Sont également présentées les données sur les personnes poursuivies et celles condamnées pour au moins une infraction de traite ou d’exploitation des êtres humains. 

Quelques chiffres significatifs

Concernant les victimes de traite

  • 67% sont des femmes
  • 80% sont majeures (moyenne d'âge de 28 ans)
  • 85% sont de nationalité étrangère

Au sujet des exploiteurs

  • 387 personnes poursuivies pour traite des êtres humains entre 2016 et 2017
  • 40% des exploiteurs poursuivis sont des femmes
  • 65 % d’exploiteurs poursuivis sont de nationalité "hors Europe"


> Télécharger "Le Grand Angle n°52"

On remarque un fort différentiel entre les chiffres connus par les autorités et les données rapportées par les associations. 

Cela peut s'expliquer par le fait que : 

  • Seulement 21% des victimes connues par les associations portent plainte et peuvent donc ainsi également être connues des autorités
  • Une faible proportion de ces plaintes seront qualifiées de traite des êtres humains par méconnaissance du phénomène de la part du personnel de police ou de la justice
     

Le regard du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » sur les statistiques sur la traite des êtres humains en France (3ème édition)

Depuis plusieurs années, les statistiques réalisées par la MIPROF et l'ONRDP avec les associations sont une occasion de mieux connaître le phénomène de la traite en France pour mieux prévenir et lutter contre toute forme d'exploitation.Le Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains et ses associations membres contribuent à la préparation de l'enquête et à la récolte des données de la société civile. 

Chaque année, c'est aussi l'occasion de repérer un peu mieux l'un ou l'autre des aspects du problème (les mineurs victimes en centre de détention, les différentes formes de traite...)

Mais il conviendrait :

  • de pouvoir porter un regard croisé sur les données des associations et les données administratives avec une plus grande transparence sur les chiffres "officiels"
  • de passer d'une étude statistique annuelle à un observatoire permanent intégrant des recherches menées avec les personnes directement concernées
  • de collaborer avec les associations sans oublier les autres parties prenantes de la société civile et en particulier les syndicats (présents sur le terrain mais grands oubliés de la MIPROF ces dernières années)
  • de trouver les moyens humains et financiers pour affiner les outils statistiqiues, favoriser le recueil des chiffres sans altérer la qualité de l'accompagnement des victimes par manque de ressources humaines ; pour cela le MIPROF devrait faire appel à et gérer des financements européens en collaboration avec les associations sur le terrain
  • de garantir la continuité de la qualité du recueil d'informations et de collaboration avec les associations assurés jusque-là par l'ONRDP dont on a appris que l'organisme auquel il est rattaché va être supprimé dans sa forme actuelle
  • de créer un mécanisme de référence pour l'accueil, l'identification et l'accompagnement des personnes victimes de traite permettant à toute personne potentiellement en contact avec une personne victime de la repérer et lui permettre d'être identifiée (de la police, de la justice, dans l'enseignement, dans le domaine de la santé... 
  • de rendre visible dans les statistiques toutes les victimes que les politiques migratoires tentent de cacher, ou de renvoyer de l'autre côté de nos frontières
  • d'utiliser internet pour mieux repérer la traite alors que des personnes et des réseaux en font un outil redoutable pour la développer.

Nous affirmons que la traite des êtres humains touche, en France ou en lien avec la France, non pas quelques milliers de personnes aujourd'hui reconnues en tant que telles, mais des dizaines de milliers de victimes  si l'on considère toutes les formes (exploitation sexuelle, esclavage domestique, travail forcé, obligation à mendier, contrainte à commettre des délits, mariages forcés... et tout ce que l'on connait moins bien : trafics d'organes, trafic de bébés,...).

Nous affirmons que de nouvelles formes se développent jour après jour du fait de ce qu'internet facilite de mise en réseaux, du fait des migrations forcées (conflits, crises environnementales) et nous obligent à adapter nos réponses d'abord pour les victimes, mais aussi pour mieux lutter contre les trafiquants.

Contact : genevieve.colas@secours-catholique.org

Propos recueillis auprès du Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains" et Amandine Sourd, chargée d'études à l'ONDRP.